Entreprise
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Entreprise...
Le mot est dérivé du verbe entreprendre avec comme sens premier "prendre entre ses mains".
le sens a ensuite évolué vers son sens conceptuel actuel de "prendre des risques", "relever des défis", "oser des objectifs", etc etc.
Le terme, dans le dictionnaire, révèle un autre sens assez éloquent : action injuste par laquelle on entreprend sur les biens ou les droits d'autrui, par exemple, une entreprise contre les droits des gens.
Alors une petite histoire vraie...
Une personne de ma connaissance est actuellement en train de se faire licencier par son entreprise.
Je tairai les noms afin de rester discret et de ne pas nuire à cette personne.
Les faits sont assez simples et éloquents.
Cette entreprise est une filiale d'un grand groupe côté en Bourse, groupe qui fait partie des sociétés françaises qui ont réalisés les plus gros bénéfices de l'année 2008. Un groupe où tout, en théorie, va pour le mieux du monde.
En théorie seulement. Car comme dans nombre de grosses sociétés la crise est une superbe occasion de restructuration et d'épuration de personnel afin que ces sociétés puissent l'année prochaine maintenir ce niveau de bénéfices et que les actionnaires puissent continuer à engranger des dividendes plus que confortables.
J'imagine une discussion entre actionnaires.
- Combien de milliards de résultats cette année cher ami ?
- 4 !
- très bien, on va pouvoir licencier alors !!!
L'entreprise dont il est ici question a déjà commencé à dégraisser en ne renouvelant pas les postes de salariés partant en retraite.
Pourquoi pas si ces postes ne correspondent plus à la réalité fonctionnelle de l'entreprise !
Le Hic est que ce non renouvellement de postes ne correspond absolument pas à des absences de besoins dans l'entreprise en question.
Afin donc de continuer à assurer ces fonctions, les dirigeants de cette entreprise ont eu la bonne idée de lisser cette charge de travail sur certains des salariés restants.
La pilule ne se digère pas facilement, les salariés en question sont déjà plus qu'over-bookés par la volumétrie de leurs charges initiales.
L'entreprise fait du coup pression sur ces personnes afin qu'elles prennent de gré ou de force cette charge supplémentaire.
Ce ne sont pas les arguments qui manquent pour exercer ces pressions (un droit du dirigeant ?) :
- les temps sont difficiles en période de crise, donc les salariés doivent être solidaires de l'entreprise (n'oublions pas que cette société réalise des bénéfices record)
- estimez-vous heureux de conserver votre emploi par ces temps de crise
- l'accroissement de charge ne sera pas compensé au niveau salarial car les temps sont trop difficiles (on en pleurerait presque pour les actionnaires qui viennent d'empocher des dividendes record)
- à vous salariés de vous débrouiller comme vous voulez pour absorber cette charge supplémentaire avec vos moyens actuels, l'entreprise ne peut pas par les temps qui courent mettre de moyens supplémentaires à votre disposition (belle démission hiérarchique !)
Il faut souligner au passage que certains cadres en profitent pour se désolidariser de leurs équipes et jouer, en bon moutons, la carte fayottage.
Les places sont chères, officiellement, donc pas question de prendre de risques.
Les gagnants, parfois, afin de pérenniser leur poste actuel, seront ceux qui pourront écraser ou se débarasser sans faire de vagues de certains de leurs collègues ou subalternes au discours pas assez politiquement correct ou au parler trop franc.
(après la seconde guerre mondiale, ce genre de personnes ont été qualifiées de collaborateurs)
Presque toute la hiérarchie... Car la personne dont je parle ici s'est opposée à ce plan de lissage de postes supprimés.
Elle a justifié son opposition par l'absence de moyens supplémentaires et l'impossibilité d'absorber ces tâches additionnelles sans avoir recours à du temps de travail supplémentaire, temps de travail que la direction, un grand merci à la crise, refuse de compenser financièrement. Bref, cette personne joue à plein son rôle de responsable de service.
Mal lui en a pris...
Réponse de la direction au problème soulevé : licenciement économique de ce responsable de service, la crise ne permet pas de maintenir son poste (alors que le service se retrouve déjà en sous-effectif du fait de la croissance de charge de travail).
Cette histoire n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres. Ce n'est pas le seul dont je puisse témoigner depuis quelques mois.
...
On ne vit pas une époque formidable ?
...
Je pose donc la question :
une entreprise, c'est quoi aujourd'hui ?
Une entreprise a pour vocation naturelle produire des biens ou des services utiles pour les consommateurs ou pour d'autres entreprises.
Elle a de plus, de par sa structure, une vocation théorique d'organisation et de ciment social .
L'économiste Michel VOLLE en propose une définition en ces termes :
L'entreprise est le lieu où le travail des êtres humains s’organise afin d'agir sur la nature pour en obtenir des résultats utiles
Ce n'est pourtant pas ce que démontre l'actualité dans un certain nombre de cas en forte croissance.
L'entreprise, la grande du moins, ne semble plus être qu'un système économique artificiel et contre nature dirigé par des personnes qui en définissent les objectifs de rentabilité financière, objectifs que les acteurs, les travailleurs, devront atteindre par n'importe quel moyen et à n'importe quel prix afin de satisfaire la soif pécuniaire des actionnaires du dit système économique, ses vrais dirigeants.
Les directions sont aujourd'hui prêtes à toutes sortes d'économies et de sacrifices de personnel afin d'atteindre ces objectifs et de contenter les actionnaires.
La hiérarchie, les cadres, bien que n'ayant quasiment plus aucun intérêt réel, crise oblige, s'adonnent parfois à des petits jeux bizarres en se pliant souvent docilement à la volonté d'épuration de leurs directions. Les risques sont plus grands pour eux : plus on est bas dans la hiérarchie, plus il y a de sièges éjectables.
Et la base ?
Il faut être solidaire de l'entreprise en ces temps de crise.
Ou, dit autrement, la base vit avec une peur savamment entretenue de se faire débarquer sur le bord de la route.
Ah oui, j'oubliais, il faut par contre que les salariés continuent en plus à jouer leur rôle de consommateurs. Solidarité jusqu'auboutiste appuyée par l'état !
Que l'état m'explique pourquoi je devrais me forcer à consommer frénétiquement des biens dont je n'ai souvent aucun besoin ?
Egalité face à la crise
N'oublions pas, tout de même, que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne, crise ou pas ! Les grosses sociétés, même si certaines mesurent des baisses de résultats, réalisent pour beaucoup d'entre elles de gros bénéfices.
Bénéfices ou déficit, par ailleurs, il s'agit souvent tout simplement d'un habillage comptable qui permet à des entreprise d'afficher, en fonction des besoins de la conjoncture, un bilan positif, ou négatif (grâce par exemple au provisionnement de quelques millions d'Euros de pertes pour 2010 chez PSA ! )
Lorsque l'on est au sommet de la pyramide, les dividendes coulent toujours à flot.
Lorsque l'on est à la base, les primes de fin d'année vont en s'amenuisant quand elles n'ont pas purement et simplement été supprimées. La crise est une opportunité en or !
Et les vraies difficultés économiques, côté entreprises, ce sont actuellement plutôt les petites qui les rencontrent.
Comment ce genre de dirigeants, les grands patrons, peuvent-ils aujourd'hui décemment et honnêtement exiger de leur salariés d'être solidaires d'un tel système et continuer à se regarder dans la glace sans avoir honte de ce qu'ils sont devenus ?
Comment ce genre de dirigeants, et ceux qui les cautionnent, peuvent-ils encore impunément employer le mot "social" dans leurs discours alors que leur principale stratégie de pouvoir est d'entretenir la peur du licenciement ?
C'est ce modèle que l'on veut léguer à nos enfants ?
Il est grand temps de redonner au mot entreprise son sens initial, et de se pencher sur la signification de la terminologie 'agir sur la nature pour en obtenir des résultat utile' !







